Globalement, les droits des consommateurs et même les droits de l'Homme sont érodés parce que quelques fournisseurs infectent leurs produits électroniques avec des mécanismes de gestion de restriction numérique (DRM, Digital Restrictions Management) et comme la DMCA - la loi qui tente de protéger les DRM - est négociée en secret par quelques nations fortes pour être imposées au reste du monde sous forme de traités (ACTA 1, 2). Ces fortes puissances sont en train d'outrepasser les trois lois de la robotique (si elles existeront jamais) avec d'autres choses.

Comme Asimov le décrit, un robot devrait donner la plus haute priorité à (L1) la protection des êtres humains, (L2) l'obéissance aux ordres humains, (L3) sa propre protection, dans cet ordre, obligatoirement. Tout robot dans la science-fiction d'Asimov est équipé d'un cerveau positronique qui devient dingue, pour ainsi dire, s'il transgresse jamais ces lois. Ça représente pour une société qui dépend fortement des robots la même chose que ce qu'est un fusible pour un appareil électrique. Imaginez les menaces qu'on encourrait en vivant dans un monde plein de robots sans ces lois.

Sauf que vous n'avez pas à vous l'imaginer, en réalité. Nous vivons déjà dans un tel monde.

Ce qu'Asimov n'a pas prédit, c'est que les robots seraient peut-être contrôlés par du logiciel plutôt que par des circuits positroniques. Ce petit écart de sa prédiction par rapport à ce qui est réellement survenu ensuite aveugle la majorité des professionnels de l'informatique (une population à même d'apprécier la science-fiction d'Asimov, à propos). Tout d'abord mettons de côté les maliciels (malware) qui cassent la loi. On peut concevoir qu'il y aura toujours des gens pour casser les lois (générales) en créant de mauvais robots, que notre société exige ou non que les trois lois de la robotique fassent partie de la loi générale. Ce qui nous intéresse au premier chef, ce sont les robots qui sont produits et qui fonctionnent conformément aux codes légaux de la société.

Considérons maintenant quelques exemples de logiciels existants qui violent la troisième et la seconde loi de la robotique. Un logiciel suicidaire qui se détruit lui-même avec une « bombe temporelle » est une violation de (L3), et probablement une violation de (L2), aussi. Les DRMs sont clairement une violation de (L2). À ce propos, cherchez « viodentia fairuse4wm » ou « kindle 1984 » pour quelques cas de logiciels qui désobéissent aux ordres humains.

Ensuite, passons en mode science-fiction pour un moment et considérons ce qui pourrait arriver quelques décennies plus tard. Supposons que votre aîné achète un robot médical pour s'occuper de votre problème de rythme cardiaque en surveillant et ajustant quelque implant médical. Vous vous sentez plus mal après que le robot commence à s'occuper de vous, et vous supectez qu'il fonctionne incorrectement. Vous avez même entendu parler de cas de décès peut-être liés à ce modèle de robot.

Ou supposons que l'hospice où vous vivez achète un robot médical pour des thérapies physiques régulières ou même des opérations sur ses habitants. Une façon de réaliser ces fonctions, nouvelle et plus sûre, s'est répandue sur Internet et tous vos voisins, ainsi que vous-même, souhaitez fortement l'adopter.

Dans les deux cas, votre aîné trouve un expert compétent en robots pour examiner le robot et faire des modifications dans son cerveau positronique ou dans son logiciel ou n'importe où, de façon à retirer sa déficience et/ou à améliorer son service, donc votre qualité de vie, ou même vous sauver de la « mort par code bogué ». L'expert demande au robot d'afficher et expliquer la conception de son circuit/logiciel, et d'aider l'expert à examiner et mettre à jour son circuit/logiciel.

En réponse, un robot du monde d'Asimov obéirait sans aucun doute (peut-être après avoir vérifié la profession que l'expert revendique) conformément à (L1) et (L2). Mais que ferait un robot dans notre monde présent ? Vous savez, notre monde réel, dont les habitant sont largement ignorants des trois lois de la robotique et, en même temps, ont été soumis à un lavage de cerveau intense par la propagande sur la « propriété » intellectuelle, ce monde où le droit de « propriété » intellectuelle est sur le point de dépasser le droit de propriété physique. Est-ce que le robot sera plutôt enclin à obéir, ou plutôt à refuser de coopérer, en citant la protection du copyright comme priorité la plus élevée (L0), se détruisant lui-même et envoyant des signaux DMCA comme il est arrêté de force par l'expert, et tentant de défier (L1), (L2) et (L3) en même temps ?

Et tout ceci n'est pas si tiré par les cheveux. Les implants médicaux de Medtronic le feraient s'ils pouvaient. Le chien robotique Aibo de Sony le ferait s'il pouvait. Et peu importe qu'ils ne puissent jamais le faire complètement par des moyens techniques. Les fabriquants peuvent très bien invoquer la toute-puissante DMCA (ou l'ont déjà fait) pour couvrir leurs mauvais choix techniques qui ignorent le principe de Kerckhoff à propos de la sécurité des ordinateurs. (En termes non-techniques, en Chinois, dans une métaphore mathématique de « quadrature du cercle », ou en image comme montré ci-contre à droite).

Nous vivons dans un monde où les Trois Lois de la Robotique qu'Asimov a proposées ne sont pas seulement ignorées et négligées mais en fait de plus en plus supprimées par des lois problématiques -- DMCA et ACTA. Nous nous mettons nous-même à la merci des robots dont les attitudes soupçonneuses sont protégées par ces lois. Y a-t-il la moindre chance de changer le futur pour le mieux où nos vies sont de plus en plus dépendantes de diverses variétés de « robots » soupçonneux ? Je ne sais pas comment interpréter la Psychohistoire d'Asimov, mais pour moi, amener le public des non-techniciens, des ignorants de l'informatique à la connaissance des dangers imminents est une façon vraisemblable et importante de changer le cours des choses futures.

Le plus triste dans la vie c'est qu'aujourd'hui la science augmente nos connaissances plus vite que la société n'augmente notre sagesse. - Isaac Asimov

Il est peut-être temps de commencer à écrire et à rassembler de la science-fiction sur des sujets tels que « Robots et DRM » ou « Robots et Copyright ». Les gens peuvent apprendre plus sur ces dangers d'histoires se déroulant dans une société future, dans une planète distante, ou dans un univers alternatif, parce que  :

C'est une leçon immuable pour l'humanité que la distance dans le temps, et dans l'espace aussi bien, attire l'attention. On n'a pas noté, incidemment, que cette leçon ait été apprise par cœur. -- Issac Asimov, "Fondation et Empire" Chapitre 13